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Les effets de l'amiante chrysotile sur la santé: la contribution de la science aux décisions de gestion des risques

Résumé de l'atelier scientifique - 14 au 16 septembre 1997

Science et prise de décision: Devons-nous utiliser le chrysotile?

Professeur Arthur Langer
Directeur de l'Environmental Sciences Laboratory
Brooklyn College, City University of New York



Merci M. le président.

Les organisateurs m'ont demandé de donner un aperçu général des exposés présentés à cet atelier et de partager avec vous certaines des opinions exprimées par les chercheurs au sujet de questions importantes. Je crois que bon nombre de celles-ci ont déjà été abordées par divers conférenciers ce matin. M. Jean Dupéré nous dit qu'il peut y avoir une valeur seuil pratique pour les effets de l'exposition au chrysotile; c'est du moins ce qu'on semble observer dans certaines industries utilisant le chrysotile. Selon M. Dupéré, il existe des différences marquées entre les divers types de fibres d'amiante pour ce qui est de leurs effets biologiques.

C'est certainement le cas pour le mésothéliome. M. Dupéré a aussi déclaré que la science fait parfois les frais de décisions politiques; pour ma part, je crois qu'il n'est pas nécessaire de consulter des scientifiques pour juger de la valeur de cette affirmation. Selon M. Clément Godbout, l'exposition à des substituts de l'amiante non éprouvés peut aussi causer des problèmes de santé, et leur utilisation donne au travailleurs un sentiment de sécurité que rien de justifie.

En effet, on craint que les travailleurs négligent de prendre avec les substituts les précautions qu'il prenaient auparavant avec l'amiante en général et le chrysotile en particulier. Bien sûr, il aurait pu ajouter que les effets sur la santé des nouveaux substituts, quels qu'ils soient, n'apparaîtront pas clairement avant une période de 25 ou 30 ans à partir du début de l'exposition. Les périodes de latence clinique pour les substances cancérogènes sont habituellement très longues. Nous ne connaîtrons pas les effets de l'inhalation actuelle des nouveaux substituts avant 2025, au plus tôt. Nos collègues des milieux syndicaux ont déclaré qu'ils préfèrent travailler avec une substance présentant un danger connu, mais pour laquelle il y a des vérifications et des pratiques de travail appropriées, qu'avec une autre pour laquelle on ne dispose pas de données sanitaires, ou pour laquelle il n'y a aucune vérification. Cette approche est sage et prudente.

Notre atelier s'appelait: «Les effets de l'amiante chrysotile sur la santé: la contribution de la science aux décisions de gestion des risques». Le gouvernement du Québec a demandé qu'on lui fournisse les dernières données concernant les effets sur la santé du chrysotile afin que diverses organisations gouvernementales, sinon les gouvernements eux-mêmes, puissent décider si l'on doit autoriser l'utilisation de ce produit au cours des années à venir. Nous devions fournir les données et vous deviez prendre les décisions. Des décisions comme celle-là doivent faire l'objet d'un consensus entre les milieux syndicaux, le secteur privé et divers organismes gouvernementaux. Sur le plan de la responsabilité morale, notre position de scientifiques ne nous confère pas d'avantages par rapport à celle de toute autre personne qui doit prendre de telles décisions. Comme il s'agit pour vous d'un risque collectif, votre décision doit être collective. On nous a confié la responsabilité d'examiner les données actuelles sur lesquelles toutes nos connaissances sont fondées. Nous devions examiner les effets biologiques de différents types d'amiante, comparer les connaissances reliées aux effets de l'exposition des travailleurs aux fibres de chrysotile à celles qui concernent les effets de leur exposition aux fibres d'amphiboles et déterminer les risques associés à l'utilisation actuelle du chrysotile.

Nous devions examiner les mesures déjà prises pour limiter ces risques et celles qui pourraient l'être pour les limiter encore davantage. On devait vous fournir ces données pour le processus de prise de décision. Les questions techniques ont été analysées par trente-et-un scientifiques de sept pays, spécialisés notamment en médecine, en pulmonologie, en pathologie, en génie, en statistique, en chimie, en épidémiologie, en biologie expérimentale, en biologie moléculaire, en minéralogie, en géologie économique et en cristallographie. On trouvera à la fin de cet exposé une liste des organisateurs et des participants.

Un certain nombre de sujets ont été présentés et examinés à cette réunion. Voici quelques-uns des principaux points concernant les résultats d'expositions survenues au cours des années passées:

 HAUT

Le chrysotile est-il préférable aux amphiboles?

Mon collègue le Dr Nolan et moi avons examiné les connaissances antérieures. L'exposition à la poussière d'amiante au cours des années passées est responsable des maladies que nous voyons aujourd'hui. On mentionne souvent les études épidémiologiques des cohortes de personnes exposées aux amphiboles ou à des mélanges de fibres dans les documents traitant des risques de l'amiante. On utilise souvent les connaissances sur la santé des travailleurs exposés à la crocidolite et à l'amosite comme indice pour évaluer le «risque dû à l'amiante». Cependant, nous avons déjà fait remarqué que le mot «amiante» est un terme générique qui peut prêter à confusion. Le chrysotile n'est que l'un des nombreux types d'amiante. Les minéraux d'amiante ont différentes propriétés physiques et chimiques, ainsi que diverses propriétés de surface, et ils présentent donc des effets biologiques différents. Les risques associés aux divers types de fibres ne sont pas nécessairement les mêmes. Les Drs Johnson et Mossman ont décrit des facteurs bien établis basés sur la dose, la durabilité et les dimensions pour la limitation de l'activité des fibres. Par exemple, ils ont indiqué que la faible durabilité du chrysotile dans un hôte biologique était un facteur déterminant dans la réduction de ses effets biologiques. On a montré que la perte de magnésium de la structure de ces fibres, en plus d'accélérer leur élimination, atténuait leur action sur les cellules.

Nous avons conclu que le modèle de risque du mésothéliome utilisé de nos jours par les organismes de réglementation et les gouvernements a été développé à partir de cohortes exposées à des fibres d'amphiboles et à des fibres mélangées. Les cohortes exposées aux amphiboles comportaient de nombreux cas de mésothéliomes, alors qu'on n'observe que peu de mésothéliomes dus à une exposition aux seules fibres de chrysotile. Le modèle de risque du mésothéliome, généralement attribué à Peto et coll. (1982), est basé presque exclusivement sur les données d'études sur des poseurs d'isolation thermique des É.-U. (exposés à l'amosite, au chrysotile et à la crocidolite), sur des travailleurs exposés à la crocidolite de Wittenoom Gorge (Australie), sur des travailleurs exposés à l'amosite et à la crocidolite à l'usine Barking de Londres, et sur des travailleurs exposés à l'amosite à Paterson (New Jersey).

On a souvent affirmé aux États-Unis que les connaissances provenant d'études sur les poseurs d'isolation thermique exposés avant l'introduction de l'amphibole dans leurs produits ne présentaient pas de différences par rapport à celles correspondant à la période suivant l'introduction de l'amphibole. Toutefois, le Dr Nolan et moi n'avons rien trouvé qui puisse justifier cette affirmation. Bien au contraire, dans le cas des membres du syndicat des poseurs d'isolation thermique (l'International Association of Heat and Frost Insulators and Asbestos Workers), le gros des cas de mortalité dus aux maladies causées par l'amiante, c.-à-d. les pires effets observés, sont apparus après l'introduction de l'amosite dans les produits d'isolation. En effet, de 1930 à 1934 environ, l'amosite est devenue un matériau très commun dans les produits d'isolation thermique. Nous utilisons ces produits et nous sommes exposés à leurs fibres depuis 67 ans. L'évaluation des cas observés de mortalité et de maladie chez les poseurs d'isolation indique clairement qu'il y a eu une forte augmentation des cas de mésothéliome après 1940, dont la plupart étaient dus à des expositions ayant commencé pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Encore une fois, comme l'un des conférencier l'a indiqué ce matin, les cas de maladie que nous voyons aujourd'hui sont le résultat d'expositions survenues au cours des années passées.

Une analyse attentive des données de la cohorte des poseurs d'isolation en fonction du temps indique une plus forte incidence de la mortalité due au mésothéliome chez les travailleurs des chantiers navals et chez tous les poseurs d'isolation après la Seconde Guerre mondiale. L'incorporation d'amphibole (et particulièrement d'amosite) dans les produits d'isolation thermique des bateaux et les plus fortes expositions dues à des milieux de travail à ventilation insuffisante ont joué un rôle important dans l'apparition des fortes mortalités.

Le Dr Graham Gibbs a examiné les données produites par le groupe de l'Université McGill qui a fait une étude sur les mineurs de chrysotile et sur les employés des usines de traitement de ce minéral de la région d'Asbestos-Thetford dans les Cantons de l'Est. La plupart des personnes de cette cohorte ont été retracées et ont fait l'objet d'un suivi, et on a déterminé la cause du décès de celles d'entre elles qui étaient décédées. On n'a pas observé d'augmentation de l'excès de cancer du poumon chez les travailleurs qui étaient exposés à des concentrations de 900 fibres·ml-1·années ou moins (c.-à-d. de 20 fibres·ml-1 pendant 45 ans), sauf chez les travailleurs qui fumaient. Les plaques pleurales étaient beaucoup plus fréquentes chez les travailleurs de la région de Thetford que chez ceux de la région d'Asbestos, et 25 des 33 cas de mésothéliome (61%) reliés à une exposition antérieure au chrysotile ont été observés dans la population de Thetford. La question de la forte contamination par la trémolite des minerais de Thetford a été soulevée: la présence de la trémolite peut-elle expliquer la mortalité proportionnelle de 0,4% due au mésothéliome?

On a discuté des dangers relatifs des minéraux d'amphiboles par rapport à ceux du chrysotile. Les pires cas observés chez les poseurs d'isolation des É.-U. correspondaient à une exposition moyenne de 500 fibres·ml-1·années (20 fibres·ml-1 pendant 25 ans). Ces données indiquent qu'environ 9,3% de ces travailleurs meurent présentement de mésothéliome par rapport à 0,4% des travailleurs de la population exposée au chrysotile, et que la mortalité due à un excès de cancers du poumon s'établit à 16% chez les premiers par rapport à 0% chez les autres. Ces valeurs replacées dans le contexte des différences d'exposition indiquent que la puissance des effets biologiques est très différente d'un type de fibre à l'autre.

Le Dr Silvestry a présenté des données sur Balangero. Il a déclaré qu'il n'y avait eu aucune mesure de limitation des poussières avant environ 1975. Le Dr Magnani a indiqué qu'il y avait plus de cas de cancer du larynx que la normale chez les travailleurs; on a aussi discuté du rôle possible de la consommation d'alcool (éthanol).

De façon générale, on a conclu que les cas d'apparition de maladies cancéreuses suivant l'exposition au chrysotile en milieu de travail étaient beaucoup moins nombreux que ceux observés chez des travailleurs exposés à l'amphibole dans des conditions semblables.

 HAUT

Cas de mésothéliome en dehors du milieu de travail

Le Dr Browne a parlé de l'exposition à l'amiante causée par des sources comme le sol, la proximité d'usines et les caractéristiques générales de l'air ambiant des communautés. Il a décrit les occurrences de mésothéliome près des mines et des usines de crocidolite de l'Afrique du Sud et à moins de 10 kilomètres des mines et des usines de crocidolite de Wittenoom Gorge (Australie), ainsi que les cas de mésothéliome suivant l'exposition aux fibres minérales de matières du sol (on utilise ces matières pour le chaulage) en Corse, dans la région de Metsovo au nord-ouest de la Grèce, ainsi que dans l'ouest de la Turquie. On a signalé de nouveaux cas de mésothéliome près de mines et d'usines de traitement de minerai de nickel en Nouvelle-Calédonie; de plus, on a fait un suivi des cas de mésothéliomes près de chantiers navals en Europe. On attribue l'apparition de ces grappes à la trémolite, ainsi qu'à l'amosite et à la crocidolite, des minéraux commerciaux de type amphibole. Si l'on compare ces données à celles obtenues pour le voisinage des mines et des usines de traitement des producteurs de chrysotile, ainsi qu'aux données des industries qui utilisent ce minéral, on note d'importantes différences parce que presque aucun cas de mésothéliome n'a été signalé dans le voisinage des sites de chrysotile.

Le Dr Wagner a déclaré qu'un seul cas de mésothéliome dû aux condition du milieu a été associé aux mines et aux usines de traitement du chrysotile de l'Afrique du Sud; le Dr Nolan, ainsi que les Drs Shcherbakov et Kashansky, n'ont signalé aucun cas de mésothéliome dû aux conditions du milieu à Asbest City (Fédération de Russie), près des mines et des usines de traitement de chrysotile, ou près des nombreuses installations de production de cette fibre. Les Drs Domnin, Plotko et Shtol ont présenté des données qui suggèrent que les problèmes pulmonaires chez les enfants d'Asbest City pourraient être reliés à la teneur totale en poussière de l'air, et que la question des fibres d'amiante est un problème différent. Le Dr Gibbs n'a pas signalé de cas de mésothéliome dus aux conditions du milieu et reliés au chrysotile dans les Cantons de l'Est (Canada). Les Drs Camus et Siemiatycki n'ont pas signalé d'excès de mortalité dû au cancer du poumon chez les femmes des travailleurs du chrysotile des Cantons de l'Est malgré des expositions cumulatives calculées d'environ 25 fibres·ml-1·années. On a décelé certains cancers de la plèvre et ceux-ci font présentement l'objet d'une étude.

On note des anomalies intéressantes dans les données de l'Italie, qui ont été signalées par les Drs Magnani, Silvestri et Calisti. À Casale Monferrato, près d'une usine d'amiante-ciment, on a associé environ un tiers des cas de mésothéliome à des antécédents d'exposition en milieu de travail. Pour ce qui est des cas qui n'étaient apparemment pas reliés au milieu de travail, on a déterminé que 7 d'entre eux étaient des tumeurs de type différent et que 14 autres pouvaient être ou ne pas être des cas de mésothéliome et enfin, 11 autres cas n'ont pu être examinés à cause de la perte de matières histologiques. Certains des mésothéliomes étaient reliés à une petite usine de crocidolite de la région, et il y avait très peu de cas d'exposition au seul chrysotile. Des problèmes de vérification des données et d'antécédents de travail incomplets ont fortement limité l'interprétation des données. On conclut que l'amphibole est responsable de la majorité des cas de mésothéliome attribuables au milieu de travail.

 HAUT

La question de la trémolite

Le professeur Williams-Jones a présenté son étude minéralogique (effectuée avec M. Normand, un étudiant de cycle supérieur de son laboratoire), portant sur une importante mine à ciel ouvert de chrysotile des Cantons de l'Est (Québec). Il s'est intéressé à l'association des fibres de trémolite au minerai de chrysotile. Ses données indiquent que la trémolite ne provient pas du minerai, mais plutôt des stériles associées.

Cette étude comportait une bonne description des caractéristiques géologiques et géochimiques, ainsi que des conditions physico-chimiques requises pour la formation de la trémolite. Ses données indiquent qu'il est possible d'extraire le chrysotile tout en évitant la zone stérile qui contient la trémolite. On pourrait réussir à débarrasser le minerai de chrysotile de substances auparavant incorporées accidentellement dans le chrysotile traité. Il est possible d'obtenir une cartographie détaillée du corps minéralisé de façon à éviter les zones stériles au cours de l'extraction, ce qui permettrait d'éliminer les stériles du minerai à traiter. On a discuté de l'importance du rôle général de la trémolite dans l'apparition de maladies dues à l'amiante, et notamment des cas de mésothéliome. Certains rapports d'ordre général indiquent l'existence d'un lien entre la mortalité proportionnelle due au mésothéliome et la teneur en trémolite du minerai.

Le Dr Wicks a mené une discussion sur les méthodes de détection et d'identification des minéraux à l'aide de techniques courantes comme le diffraction des rayons X. Il a conseillé la prudence parce que les fichiers de données normalisés utilisés couramment pourraient renfermer des ensembles de données erronées. La caractérisation minérale des spécimens de chrysotile est une opération qui demande beaucoup de soins.

 HAUT

Présence de fibres dans les tissus humains et risque associé aux faibles expositions

Les Drs Nolan, Pooley, Wagner et Churg ont discuté des cas, des types, des quantités et des dimensions des fibres trouvées dans les tissus pulmonaires de personnes décédées dans la population générale. Il semble que presque toutes les personnes qui vivent dans les pays industrialisés ont des particules de chrysotile dans leurs tissus pulmonaires. On a noté que la présence de ces fibres n'est pas associée à des lésions ou à des maladies reliées à l'amiante. Le Dr Pooley a déclaré que dans de nombreux milieux de travail, la teneur des poumons en amphibole présente une meilleure corrélation avec les maladies cancéreuses que la teneur en chrysotile.

Le Dr Wilson a abordé la question du risque dû à l'amiante dans la population générale. Le Dr Price nous a rappelé que les notions de «danger» et de «risque» sont différentes. Certaines matières peuvent être dangereuses; une matière dangereuse est une substance qui peut causer une maladie. Quant au risque, il désigne la probabilité d'une conséquence non voulue. Le Dr Wilson a insisté sur la nécessité d'utiliser la notion de risque comparatif afin de replacer dans son contexte le risque relié à l'exposition à de faibles teneurs en chrysotile. Un risque de maladie causée par l'amiante d'un décès par 100 000 est plus facile à comprendre s'il est exprimé en termes d'autres risques bien connus, p. ex., ceux qui sont associés à l'usage du tabac. Chez les gros fumeurs, le risque associé à l'usage du tabac est d'environ 30 000 décès par 100 000 fumeurs. Le risque associé à l'amiante d'un décès par 100 000 équivaut donc à celui de fumer environ 1,5 paquet de cigarettes sur une période de 50 ans (soit moins d'une cigarette par année). L'étude du risque comparatif apporte donc une réponse à la question «Quelle est la signification de ces chiffres?». Le Dr Hoskins nous rappelle que, dès le XVIe siècle, Paracelse disait que «c'est la dose qui fait le poison».

Le Dr Hoskins a parlé de valeurs seuils possible. Même dangereuse, une substance cancérogène pour les humains ne cause pas nécessairement le cancer. On note des seuils d'activité pour ces substances. Le chrysotile pourrait bien avoir une valeur seuil pratique de toxicité, c'est-à-dire une période de latence plus longue que la vie humaine. Au cours de certaines des discussions qui ont suivi, on a abordé le phénomène de la dégradation du chrysotile. Certains pensaient que cette dégradation était peut-être due à un effet de détoxification. Dans ce cas, la pente de la courbe dose-réponse du chrysotile devrait être beaucoup plus faible et elle correspondrait à un seuil physique. On serait alors en présence d'un rapport semblable à ceux qui ont été établis pour les composés organiques qui sont métabolisés.

La discussion a ensuite porté sur le risque chez les occupants d'édifices contenant des produits de l'amiante. Les données du Dr Nolan sur l'amiante dans les édifices indiquent que les occupants des édifices des É.-U. sont exposés à de très faibles teneurs en fibres. Les teneurs mesurées à l'intérieur des édifices sont souvent les mêmes que celles qu'on observe dans l'air extérieur. Les concentrations de fibres d'amiante dans les édifices des États-Unis sont peu élevées et le risque est donc faible. Le professeur Wilson a parlé d'un document publié aux États-Unis selon lequel le risque total calculé pour des étudiants exposés à l'amiante dans les écoles de la ville de New York équivalait à peu près à celui de fumer 12 cigarettes au cours d'une vie de 72 ans. Beaucoup considèrent qu'il s'agit là d'un «risque virtuel». Les Drs Wilson et Price ont parlé du modèle linéaire dose-réponse et tous ont convenu que, de tous les modèles utilisé, ce modèle était celui qui présentait la meilleure protection.

 HAUT

Tendances des cas de mésothéliome dans la population générale

Le Dr Price a présenté les données les plus récentes concernant la mortalité due au mésothéliome aux États-Unis. Le taux de mésothéliome chez les femmes est resté stable au cours des quelque vingt dernières d'années (soit environ 2,5 à 3,0 cas par million). Au cours de la même période, ce taux a légèrement augmenté chez les hommes (environ 5 à 15 cas par million), ce qui reflète apparemment la présence de poudre d'amiante dans les lieux de travail jusqu'à ces dernières années. D'après certaines données, le taux de mortalité chez les hommes pourrait avoir commencé à se stabiliser vers le début des années 1990. Or, aux États-Unis, l'air ambiant contient des fibres de chrysotile. On a ensuite discuté de l'augmentation apparente de l'incidence du mésothéliome dans la cohorte des jeunes au Royaume-Uni. Certaines données suggèrent que cette tendance était peut-être basée sur l'extrapolation d'une quantité insuffisante de points de données. En outre, l'analyse statistique des données indique, pour le mésothéliome, un maximum en 2010-2020 plutôt qu'en 2035. On a reconnu que l'utilisation de l'amphibole était plus courante au Royaume-Uni qu'aux É.-U. En outre, l'amosite et la crocidolite étaient plus largement utilisés.

 HAUT

Le mésothéliome et les autres agents

Les participants de l'atelier ont discuté du rôle d'agents autres que l'amiante qui ont été reliés étiologiquement à l'apparition de mésothéliomes chez les humains. On croit qu'un minéral de type zéolite, l'érionite, est relié aux cas de mésothéliome en Turquie centrale (dans la région de Karain du plateau cappadocien); l'utilisation du milieu de diagnostic Thorotrast a été reliée à l'apparition de mésothéliomes péritonéens en Allemagne il y a environ 30 ans, et l'utilisation du médicament isoniazide au cours du premier trimestre de la grossesse a été reliée à ces cas de mésothéliome chez des enfants il y a quelques années.

Les Drs Carbone, Mutti et Giordano ont présenté des résultats de recherche fascinants concernant la possibilité qu'un virus particulier cause le mésothéliome chez des animaux de laboratoire. Cette constatation a suscité une étude des tissus humains touchés par le mésothéliome. De la fin des années 1950 au début des années 1960, on a préparé des vaccins contre la poliomyélite en utilisant des virus de poliomyélite vivants cultivés dans des tissus de singes. Certains de ces tissus contenaient des virus d'animaux, notamment un virus qui s'est avéré cancérogène ultérieurement et qui est maintenant connu sous le nom de SV-40 (simian-virus 40). Selon leur hypothèse, ce virus pourrait jouer un rôle dans l'induction de certains mésothéliomes humains. Le virus SV-40 est un virus à ADN qui contient une séquence de 76 paires de bases (décrite comme un antigène petit t, small-t antigen) qui se lie au site d'un gène supprimant le cancer (p53). Récemment, l'analyse d'un certain nombre de tissus de mésothéliome d'humains a mis en évidence, par amplification du signal de l'ADN par PCR, la présence de l'antigène petit t du SV-40, interprétée comme l'«empreinte» du SV-40. Ce domaine de recherche nécessite des études supplémentaires.

 HAUT

Amiante, usage du tabac et cofacteurs

On a identifié des agents qui renforcent les effets de l'amiante; les principaux agents de ce type sont la fumée de tabac et l'alcool éthylique. Dans une cohorte de travailleurs exposés aux matériaux d'isolation, ceux qui continuent à faire usage de tabac au travail ont un taux de décès dû au cancer du poumon dix fois plus élevé que celui de leurs compagnons de travail non fumeurs. De plus, ils meurent plus souvent d'amiantose. Tous travailleurs exposés à l'amiante, et particulièrement ceux qui sont exposés au chrysotile, devraient arrêter de fumer s'ils sont fumeurs et ne pas commencer à fumer s'ils sont non-fumeurs. Le Dr Rao nous a dit que dans son groupe de travailleurs d'une usine d'amiante-ciment à Hyderabad (Inde), on offre une prime à ceux qui ne fument pas sur les lieux de travail. On a montré que le fait d'arrêter de fumer diminuait considérablement le risque de maladies.

 HAUT

Les nouveaux produits et leurs risques

Le Dr Ross a indiqué que la production de chrysotile dans les pays occidentaux avait diminué au cours de la dernière décennie, mais qu'on observait ailleurs une augmentation de sa production, p. ex. au Brésil. On croit que la production d'amosite et de crocidolite est presque nulle dans le monde entier. Le Dr Ross a également fait des commentaires sur la contamination de l'environnement par le chrysotile. Les eaux du ruissellement naturel en contact avec des serpentines (roche hôte d'un grand nombre de gisements de chrysotile) entraînent du chrysotile dans des approvisionnements en eau. On a trouvé des fibres de chrysotile dans les calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique. Le Dr Rickards a déclaré que dans le monde entier, seulement quelque 650 personnes travaillent maintenant à la fabrication de tissus de chrysotile, une occupation à risque reconnue. Par ailleurs, la fabrication des produits d'amiante-ciment et des matériaux de friction représente plus de 95% de la production mondiale actuelle de chrysotile. Il a également présenté des données selon lesquelles l'analyse de 23 000 échantillons du milieu de travail, ainsi que de 5 400 échantillons d'air respiré par les travailleurs, indiquait que pour 97,3% de ces échantillons, les valeurs étaient inférieures à une fibre·ml-1 d'air.

Le Dr Dunnigan a fait des commentaires sur la contribution possible à la charge environnementale de matériaux composites à forte densité comme les produits de construction de chrysotile-ciment et les matériaux de friction. On a constaté que ces matériaux non friables étaient stables et que la valeur limite de leurs émissions de fibres était de 0,004 fibre·ml-1, et même de 0,0002 fibre·ml-1 d'air pour certains d'entre eux. Le Dr Higashi a déclaré que l'étude de l'amiante dans l'air après le tremblement de terre de Kobe a indiqué qu'une teneur d'environ 0,008 fibre·ml-1 avait été atteinte, mais cette teneur est rapidement retombée aux valeurs ambiantes après quelque temps. Le Dr Rickards a indiqué que dans les pays membres de l'AIA, on arrive maintenant à fabriquer des produits à base de chrysotile avec des teneurs d'exposition dont les valeurs sont associées historiquement à un risque nul ou très faible. Il nous a fait part de ses préoccupations concernant les sources ponctuelles d'exposition sur les lieux de travail, qui sont apparemment dues à une formation déficiente des travailleurs, qui ne respectent pas les pratiques ou les procédures de travail établies. Ces problèmes, a-t-il déclaré, doivent être réglés par les employeurs et les syndicats. Les délégués syndicaux doivent participer au processus. Ces sources ponctuelles semblent représenter 4% de toutes les mesures de l'air, soit celles de plus de 2 fibres·ml-1 d'air.

 HAUT

Exportation d'expertise et de technologie

Les membres de cet atelier appuient fermement le principe de l'exportation de la technologie, et non seulement des fibres. Les travaux du Dr Bragg ont montré que la mise en oeuvre des technologies modernes de limitation a permis à l'industrie de satisfaire aux exigences réglementaires. En plus des technologies de limitation des poussières, la vaste expertise des pays producteurs établis devrait être mise à la disposition des pays consommateurs, notamment la formation pour la manipulation et l'utilisation des produits de chrysotile, ainsi que l'introduction de bonnes pratiques de travail. La formation des travailleurs est d'une importance capitale. Le Dr Bragg a également dénoncé les producteurs de certains pays qui poursuivent leurs opérations malgré de forts taux de poussière. On doit interdire de telles pratiques. La limitation de l'usage du tabac, de la consommation d'alcool, l'introduction de bonnes pratiques de travail et l'utilisation de technologies modernes de limitation de la poussière sont autant de mesures nécessaires dans le cadre de la gestion du risque.

Le risque acceptable

L'autre jour, mon collègue le Dr Jacques Dunnigan s'est fait un café dans sa chambre d'hôtel. Sur le sachet de succédané de sucre, on pouvait lire l'avertissement suivant: «L'UTILISATION DE CE PRODUIT PEUT ÊTRE DANGEREUSE POUR VOTRE SANTÉ. CE PRODUIT CONTIENT DE LA SACCHARINE, UN PRODUIT QUI CAUSE LE CANCER CHEZ DES ANIMAUX DE LABORATOIRE.» Je ne veux surtout pas laisser entendre que l'utilisation du chrysotile ne comporte que peu ou pas de risques, mais simplement montrer que nous acceptons tous certains risques chaque jour. Je ne demande pas non plus aux travailleurs de partager l'idée que je me fais du risque personnel, ou celle du Dr Dunnigan. L'acceptation du risque est une question qui doit être décidée au niveau de chaque pays, de chaque groupe et de chaque district exposé à l'amiante. Le risque associé à l'utilisation de la saccharine est si minuscule que je considère qu'il s'agit d'un «risque virtuel». Il se peut que certains d'entre vous me donniez raison là-dessus. Je crois aussi que le risque que comporte l'utilisation du chrysotile est un risque acceptable; si ce produit est utilisé de façon adéquate, le risque qui lui est associé va toujours diminuer, jusqu'à devenir imperceptible. Devons-nous utiliser le chrysotile? C'est à vous de décider.

 HAUT